L’émotion est une couleur
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Delphine du Mérac conçoit la peinture comme un échange d’émotions : entre le peintre et le modèle, entre la toile et le spectateur. Car lorsque l’émotion envahit tout, la peinture est la seule issue possible. L’émotion, c’est d’abord celle qui naît de la découverte de l’autre, à travers les voyages. En Amérique du Sud, Delphine du Mérac a laissé son regard s’émouvoir devant les êtres humains, leur univers, leurs différences. Devant les couleurs du Brésil, les multiples nuances de la peau de ses habitants, celles de la lumière et du soleil omniprésents, des tissus, des fleurs, son pinceau danse la samba, fait son carnaval et défie les orixá. |
De retour en France, elle ne se lasse pas de peindre les hommes arc-en-ciel. Elle part cette fois de photos de personnalités connues (série Gueules à part), qu’elle s’approprie pour renouveler le regard du spectateur sur ces visages familiers. On oublie la fugacité et la temporalité de la photographie, on découvre la permanence d’icônes que magnifie le changement de medium.
Et c’est finalement un processus très proche qui est à l’œuvre dans la série Bêtisier. Ici les animaux les plus communs acquièrent enfin le droit à l’ancestrale tradition du portrait. Ainsi, l’âne devient l’impressionnant souverain d’on ne sait quel royaume lointain, que raconte son regard scrutateur. Le chien n’est plus dans l’ombre de personne, c’est lui que Delphine du Mérac observe et met en valeur, c’est vers lui que se tournent tous les regards.
Avec sa palette, étendue, et son regard, inattendu, Delphine du Mérac nous entraîne dans un univers très personnel, où les êtres vivants, humains ou animaux, tiennent le premier rôle et envahissent la toile. Leurs émotions deviennent les nôtres, la couleur se faisant conducteur de chaleur.
Caroline Gibert, iconographe